Le principe des deux faiblesses
Une cible se défend. Deux, sur des ailes opposées, non.
Selon le principe des deux faiblesses, une seule faiblesse suffit rarement pour gagner : le défenseur place une pièce à côté et tient. Il faut en créer une deuxième, aussi loin que possible de la première. Le défenseur doit alors être à deux endroits à la fois, ce qui est impossible.
Mis à jour le
Jouer cette finale (gratuit)Deux fronts : le pion « a » extérieur attire le roi noir au bord, tandis que le roi blanc rejoint l'autre aile et prend le pion « e ».
Pourquoi une seule faiblesse ne suffit pas
Donne un seul problème au défenseur et il le résoudra. Il place son roi devant un pion arriéré, bloque un pion passé ou couvre une case faible. La défense est facile quand elle est locale. L'attaquant peut concentrer ses forces, le défenseur maintient simplement assez de pièces sur place et la partie s'achemine vers la nulle.
La solution n'est pas d'accentuer la pression sur la même cible, mais d'en créer une seconde. Les pièces du défenseur sont déjà mobilisées contre la première faiblesse : face à un nouveau problème à l'autre bout de l'échiquier, il manque précisément une pièce à la défense. Chaque temps qu'il passe à faire l'aller-retour te permet d'améliorer ta position.
Voilà tout le principe. Il explique aussi un curieux constat pratique : dans bien des finales gagnantes, le coup gagnant n'est pas une attaque. C'est une poussée de pion sur l'aile calme, ou la marche du roi vers une cible jusque-là négligée.
La distance est l'arme
Les deux faiblesses doivent être très éloignées. Les mêmes pièces peuvent couvrir deux cibles sur une seule aile, mais pas une cible sur chaque aile. Voilà pourquoi le pion passé éloigné est une arme si redoutable dans les finales de pions : simple leurre, il ne fera jamais dame. Pourtant, le roi défenseur doit gagner le bord de l'échiquier pour l'arrêter. Pendant ce temps, ton roi dévore tout le reste.
Même idée avec un autre matériel. Sur une longue diagonale, un fou escorte un pion passé sur une aile tout en gardant la case d'entrée du pion adverse sur l'autre. Le cavalier qui lui fait face met plusieurs coups à changer d'aile, alors qu'un seul suffit au fou. C'est le mécanisme de notre exercice « Bon fou contre mauvais cavalier ».
Dans les finales de tours, le principe des deux faiblesses explique pourquoi un pion de plus sur une seule aile mène généralement à la nulle, faute de second front, mais permet de gagner lorsque les pions sont répartis. Si tous les pions adverses sont du même côté, attends-toi à lutter. S'ils occupent les deux ailes, ça va saigner.
Comment créer la seconde faiblesse
Trois méthodes pratiques. Avance un pion sur l'aile intacte jusqu'à obliger le défenseur à jouer un pion pour l'arrêter. Ce pion adverse devient alors une cible fixée sur une couleur. Amène ton roi sur l'autre aile : rien ne crée mieux une faiblesse qu'un roi surgissant là où personne ne l'attend. Enfin, force l'échange qui lui laisse un pion sur une aile qu'il ne peut pas défendre.
L'ordre compte. C'est exactement celui du principe « ne te presse pas » : améliore d'abord tout, puis ouvre le second front. Dès qu'il existe, le défenseur peut trouver du contre-jeu si ton emprise sur la première aile se relâche.
Les exercices ci-dessous déclinent cette idée avec une difficulté croissante. Les finales de pions montrent le mécanisme du leurre dans sa forme la plus pure. La finale de tours avec des pions sur les deux ailes en montre l'aspect défensif : lorsque les fronts sont séparés, la défense ne tient qu'à un fil et un seul temps décide qui cédera le premier.
Questions
Qu'est-ce que le principe des deux faiblesses ?
Cette règle de finale veut qu'une seule faiblesse dans le camp adverse puisse généralement être défendue. Pour gagner, il faut donc en créer une deuxième, loin de la première. La défense ne peut couvrir les deux, et les temps perdus à faire la navette entre elles permettent de convertir l'avantage.
Qui a formulé le principe des deux faiblesses ?
L'idée remonte à Wilhelm Steinitz et Aron Nimzowitsch, mais on la connaît surtout par les écrits de Mark Dvoretsky sur les finales. Elle y figure, sous ce nom, parmi les principes techniques, aux côtés de « ne te presse pas » et de la pensée schématique.
Pourquoi le pion passé éloigné est-il si fort ?
Parce qu'il crée à lui seul la seconde faiblesse. Le roi défenseur doit gagner le bord de l'échiquier pour l'arrêter, abandonnant ainsi les pions de l'autre aile. Tu ne cherches pas à mener ce pion à promotion : tu le donnes pour prendre tout ce qui se trouve sur l'autre aile.
Le principe s'applique-t-il si tous les pions sont sur la même aile ?
Beaucoup moins. Quand tous les pions sont du même côté, aucun second front éloigné ne peut être ouvert. Voilà pourquoi un pion de plus mène si souvent à la nulle dans une finale de tours où tous les pions sont sur une seule aile. Créer de la distance, généralement en avançant ou en échangeant pour obtenir une structure de pions séparés, fait partie du plan de gain.
Ne te contente pas de lire, joue
Chaque position ci-dessous est jouable dès maintenant, gratuitement, sans compte, contre un adversaire qui n'abandonne jamais et explique chaque erreur.
Le pion passé éloigné
Les Blancs jouent et gagnent
Bon fou contre mauvais cavalier
Les Blancs jouent et gagnent
Le pion de l'aile sert d'appât
Les Blancs jouent et gagnent
Un tempo pour le pion « a »
Les Noirs jouent et font nulle
Entraîne-toi sur les 68 positions : roi et pionSuivre le programme complet (gratuit)ou affûte ces finales avec des entraînements notés
Continuer la lecture
Ne te presse pas
Améliore tout ce que tu peux avant tout changement irréversible
L'activité du roi
La pièce que tu as cachée toute la partie est désormais la plus forte
Les pions passés
Un criminel à mettre sous les verrous
Finales de tours
La finale la plus fréquente en pratique, et la première à travailler